Art & Décoration XXXVI by Vasari Auction - En préparation

samedi 23 mai 2020 14:00
Bordeaux, 86, cours Victor-Hugo 33000 Bordeaux
Informations sur la vente
En Couverture : 

BENOIST Marie-Guillemine (Paris 1768 - 1826)
Les adieux de Psyché à sa famille
Toile
111 x 145 cm
Expositions :
Exposition de la Jeunesse, Paris, Galerie de Monsieur Lebrun, juillet 1791 ;
Salon de 1791, Paris, Louvre, septembre 1791, n°164 (Mademoiselle Laville).
Bibliographie :
Barrère Bertrand, Explication et critique impartiale…, Paris, l'an III, pp. 25 - 26 ;
Lettres analytiques, critiques et philosophiques, Paris, 1791, n°441, pp.422 - 423 ;
La Béquille de Voltaire au Salon, Paris, 1791 ;
P. Lacroix, Préface à Ch. A. Demoustier, Lettres à Emilie sur la mythologie, tome I, Paris 1863, p. XI ;
M.J. Ballot, Une élève de David, La comtesse Benoist, l'Emilie de Demoustier, Paris, 1914 ;
D. Gaze et autres, Dictionnary of women artists, Londres et Chicago 1997, Volume I, sans page, (notice par Vivian P. Cameron). ;
A. Reuter, Marie Guilhelmine Benoist, Gestatlunsgraume einer Kunstlerin um 1800, Berlin, 2002
Notre tableau est celui qu'exposa Mademoiselle Laville (plus connue sous son nom de femme mariée Marie - Guillemine Benoist), au Salon de 1791.
Si son oeuvre de portraitiste commence à être réévaluée, le portrait de … est entré récemment au Louvre, l'artiste est universellement connue comme étant l'auteur du Portrait d'une négresse qu'elle exposa au Salon de 1800 et qui depuis son acquisition en 1818 est un des tableaux les plus connus de Louvre.
Née dans une famille de l'administration parisienne, sensible aux Arts, elle rentre en 1781 dans l'atelier d'Elisabeth Vigée - Lebrun. Elle exposera d'ailleurs à cette époque quelques portraits au pastel ou à l'huile. C'est en 1786 qu'elle et sa soeur également artiste peintre rentrent dans l'atelier de Jacques Louis David. Il est à l'époque l'artiste qui change le cours de la peinture. Elle y étudiera l'histoire, la composition et le dessin, la force des personnages. C'est l'époque de Bélisaire, le premier véritable manifeste néoclassique.
Elle expose en 1791 ; trois tableaux qui montrent la diversité de sa culture. Sous le numéro 194, une Scène tirée de Clarisse Harlowe, le roman à la mode de Samuel Richardson paru en 1748. Issue d'une famille enrichie qui cherche à s'élever dans l'échelle sociale, Clarissa Harlowe est contrainte par ses parents à épouser un aristocrate. Elle s'enfuit avec le libertin Lovelace qui l'a séduite. Après maintes péripéties et malheurs, la jeune fille meurt. Sa vertu est reconnue par tous. Lovelace se laisse tuer dans un duel.
Sous le numéro 273, L'Innocence entre le Vice et la Vertu (ancienne collection Decroy, vente anonyme, Paris, Hôtel des ventes du Palais, 9 décembre 2000, Mes Poulain - Le Fur, n°41, reproduit p. 29), thème popularisé au XVIIIème siècle par les écrits du comte de Shaftesbury.
Le sujet de notre tableau est d'un insigne rareté et remonte à L'âne d'or ou les métamorphoses d'Apulée, ouvrage publié au IIème siècle. Dans le livre IV, Apulée narre les aventures de Psyché, jeune femme de sang royal dont la beauté rivalisait avec celle de Vénus. Celle - ci jalouse demande à son fils Cupidon de mettre fin aux jours de la jeune fille. Cupidon se blesse avec sa flèche et devient amoureux de Psyché La jeune fille trop belle n'arrivait pas à se marier et son père malheureux, soupçonnant quelques malédictions célestes va interroger l'oracle. Celui-ci répond : " sur un rocher, tout au sommet du mont, va, Roi, exposer ta fille. N'espère pas un gendre né d'une race humaine mais un monstre cruel ". Le moment décrit est celui des adieux de Psyché à sa famille entre ses parents et ses deux soeurs. La jeune fille se rendra sur le sommet du rocher, tous l'abandonnent, mais elle sera sauvée par Zéphyr qui l'enlèvera.
Le sujet fut inspiré à l'artiste par Charles Albert Demoustier (Villers - Coterêts 1760 - Paris 1801) un poète et dramaturge avec qui elle entretint une relation amoureuse durant une dizaine d'années. Un temps avocat, Demoustier se rendit célèbre auprès des amateurs de poésie par Les lettres à Emilie sur la mythologie en six volumes, écrites et publiées entre 1786 et 1798. Plusieurs fois réimprimées, ces lettres sensées enseigner la mythologie à une jeune femme, sont plutôt considérées comme des lettres d'amour du poète à une jeune élève peintre, dont l'identité est à peine voilée sous le pseudonyme d'Emilie. Dès la parution du premier volume en 1786, on reconnut qu'il s'agissait de Marie - Guillemine Laville - Leroux.
C'est sous l'influence de Demoustier que Marie - Guillemine peignit ce tableau, puisant le sujet de Psyché dans les Lettres LII à LVII . Demoustier refusa d'épouser la jeune femme.
Vivian P. Cameron, (Opus cité supra), cite un dessin préparatoire pour notre tableau.
Le tableau fut très apprécié par la critique (" Je ne pensais pas une femme capable d'une telle composition historique, qui plus est avec ce degré de perfection. Comme tout est parlant dans votre tableau ! Comme votre figure de Psyché est belle et intéressante ! " (La Béquille de Voltaire au Salon, Paris, 1791, Deloynes Collection, n°148, p.422). On notera cependant le courage qu'a eu l'artiste d'exposer au Salon en pleine révolution, un tableau décrivant le courage d'une femme.
En 1793, la peintre épouse l'avocat royaliste Pierre Vincent Benoist, et quitte alors Paris, puis expose de nouveau au Salon de 1795 et s'éloigne de la peinture d'histoire au profit des portraits. Son célèbre Portrait d'une négresse contribue grandement à sa notoriété actuelle. Mais ce sont les portraits officiels qui contribuèrent à son succès d'alors ; un Portrait de Napoléon (Gand Palais de Justice), et d'autres peints pour les villes de Brest, Le Mans ou encore Angers. L'accession au trône de Louis XVIII et la promotion de son mari au titre de Conseiller d'Etat éloigna définitivement l'artiste des pinceaux.

Visible sur rendez vous chez l'expert Monsieur René Millet - 12 Rue Rossini, 75009 Paris - 01 44 51 05 90
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